Texte : Philippe Vergé
Photos : Philippe Vergé, Claude Gautier, Dominique Torras

Nous partîmes 14 et, légèrement décimés, nous revînmes 12 ! (j’y reviendrai plus loin…).

Domi et Sylvie nous avaient préparé le camp de base, près de Rodellar, en partant quelques jours plus tôt. Mais ils avaient préparé davantage que le camp de base car les randos d’observation en Sierra de Guara étaient déjà bien planifiées. Donc, nous n’avions plus qu’à suivre le guide quasi local (Domi) sur des sentiers +/- secrets de sa mémoire.

J1 : départ du camping El Puente vers le confluent des canyons du Barrasil et du Mascun inf., que nous traversons au Puente de las Cabras avant de remonter peu à peu vers le Plan de Zuron et le Col de San Cristobal. Les degrés Celsius montent autant que nous et le soleil commence à taper fort. Les arrêts multiples nous permettent d’observer vautours, aigle royal (très loin), martinets à ventre blanc (très rapides), fauvette mélanocéphale (bruyante), plutôt dans l’air, chèvres sauvages et nombreux éphippigères, plutôt sur terre. La flore, très méditerranéenne, aurait mérité une visite plus tôt en saison, mais il faut dès lors négocier avec les maîtres du calendrier saint pour avancer le Pont de l’Ascension ! A noter quelques pigamons tubéreux, difficiles à trouver dans les guides classiques.

Une petite pause dans le peu d’ombre trouvé à proximité du Col de San Cristobal donne l’occasion à certains de chercher une source, reportée sur les cartes…mais introuvable sur le terrain. Il faudra donc économiser l’eau jusqu’à la prochaine résurgence dans le Mascun inf. Nous rejoignons le fond de ce canyon via le Barranco del Andrebod avant de remonter sur l’Ermita de la Virgen où nous attendent Sylvie et sa chienne pour un pique-nique aérien. Evidemment, le lit du Mascun a été mis à profit au passage pour un rafraîchissement bienvenu, ce qui nous donne l’occasion d’observer des homo sapiens sapiens néoprènis, espèce locale très présente en milieu aquatique à cette saison.

Deux groupes se forment pour l’après-midi : un qui va directement à l’eau, l’autre à la source parce qu’il fait soif…mais qui finira aussi dans l’eau ! L’itinéraire passe par le vieil hameau, inhabité mais restauré, de Cheto en empruntant de beaux sentiers ombragés et bordés de murets en pierre sèche de belle facture, voire insolites dans leur construction en alternant des portions à lauses verticales et horizontales. Un ophrys abeille subsiste dans une clairière mais ne tardera pas à faner comme ses semblables. Sous Rodellar, une petite visite à la vire des hirondelles nous permet d’observer l’endémique Petrocaptis Guaransis accroché à la paroi calcaire.

La journée se termine de manière assez classique : baignade, bière et repas en commun improvisé.

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J2 : nous laissons les voitures (bien garées) au-dessus du canyon du Balcez pour une petite boucle (vous remarquerez que la boucle est toujours petite au départ mais finit par prendre la journée) vers La Peonera et son très beau canyon. On herborise au fil du chemin qui serpente sur le plateau. Le point de vue au bord du canyon nous occupe un moment avec les vautours (fauve et percnoptère), gypaètes, milans (noir et royal), faucons pèlerins et autres volatiles pariétaux. La descente vers la rivière passe par une superbe vire inclinée, impressionnante de loin, plus facile en réalité. Domi nous signale des sources plus en amont et c’est la première occasion de se rafraîchir un peu ; jusqu’au nombril pour certains, jusqu’au cou pour d’autres (n’est-ce pas Jeannine…). Pas d’observation particulière autre que le Sap. Sap. Néoprènis versus aqua-siestis cette fois (!).

Le pique-nique engouffré, nous empruntons le même itinéraire que l’espèce susdite pour rejoindre en aval le départ du sentier de l’Ermita de San Martin. La falaise en dévers (HLM à hirondelles des rochers) qui borde le cingle de la rivière est fascinante. Comme la remontée sur le plateau promet d’être chaude, nous n’hésitons pas à nous mettre –encore- à l’eau dans des vasques à faire pâlir Jacob-Delafon. Effectivement, dans la montée, les vautours semblent repérer les moins vaillants et espérer quelques restes, mais c’est sans compter avec la pugnacité des cercaliens ; « sempre endavant… ».

Nous retrouvons les véhicules (toujours bien garés)…mais ayant reçu la visite d’une maréchaussée locale un peu trop zélée au goût de Domi. A suivre…

Cela ne nous empêche pas de finir cette deuxième journée d’observation autour d’un jus de houblon légèrement fermenté, avec la mousse et la buée qui va bien, avant de remplir substantiellement nos panses.

Les Sap. Sap. Néoprènis étant plutôt décibéliques et assoiffés dès que le soleil se couche, le silence n’arrivera que tard dans la nuit au sein du camping ; la hulotte ne se fera entendre qu’à partir de ce moment-là.

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J3 : après une heure de liaison par les petites routes de la Sierra aux –très- nombreux virages, nous laissons les voitures (superbement bien garées) au-dessus du canyon du Vero. Sylvie, Jean-yves, Julien et la chienne descendent directement à la rivière. Domi nous promet une descente « authentique » par un itinéraire quelque peu délaissé (c’est le moins que l’on puisse dire). Nous progressons sous le plateau, assez près des nichoirs des vautours fauves. Un Trencalos (chargé, comme le fait remarquer Claude) fait quelques passages non loin. Le cheminement n’est pas du tout évident, végétal par endroits, plus technique au pied des falaises. Le bout de ficelle pris par Domi a toute son utilité pour rassurer les moins aguerris à la désescalade et Philippe recairne le vieux chemin des « scientifiques » sur la partie basse.

Retrouvailles dans le lit du Vero pour un pique-nique/baignade tout en regardant passer quelques cordulégastres annelés. Un grand corbeau –chamailleur par nature- se fait courser par tout ce qui vole, de l’hirondelle des rochers au vautour. La remontée de la rivière nous donne aussi l’occasion de trouver quelques orchidées (dactylorhiza elata, épipactis helleborine (de trémols? ), platanthera bifolia), puis, plus haut, de faire un saut, grimpe à l’appui, vers les porches abritant des peintures rupestres relativement bien conservées…mais très protégées. Nous terminons notre randonnée aquatique au-dessus du moulin de Lecina avant de remonter au milieu de vestiges d’incendie sur le parking…où sont superbement bien garées nos voitures.

La journée se clôturera par une paëlla au restau. Ce qui me donne l’occasion de revenir sur la première phrase. Philippe et Evelyne (mais surtout Philippe) ont décidé de poursuivre leur séjour gastro (plutôt entérique que nomique) dans le coin. Après deux jours de galère, Philippe est hospitalisé pour intoxication alimentaire. Nul doute que la moule paëllo-guaranique n’est pas la spécialité de Las Almunias !

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Ce séjour CERCA en Sierra de Guara fût une réussite (il est vrai que Domi en connaît les moindres recoins). A renouveler donc, sans modération. Et si Solange est d’accord, on lancera pour de bon le concept yoga/saucisse.

Dans l’ordre d’apparition des acteurs : Domi, Sylvie, Maïté, Claude, Jeannine, Nathalie, Monique, Olivier, Evelyne, Philippe, Solange, Christine, Jean-Yves, Julien et…Réglisse. Les décors étaient du Jurassique, les costumes très légers, pour ne pas dire les tee-shirts mouillés 😉